Et si ignorer vos émotions était la pire erreur de votre vie ?
- Carine LEFOL
- 13 nov.
- 4 min de lecture

Et si on vous avait appris à ignorer vos émotions… au point désormais de ne plus les reconnaître ?
"Il faut que j'essaye de faire taire mes émotions pour réfléchir posément."
Cette phrase, presque tous l’avons pensée un jour, persuadés que la lucidité exigeait de museler ce qui nous traverse.
Récemment, j'ai accompagné Claire, 38 ans, comptable dans un grand cabinet. C'était une pro. Les chiffres, elle maîtrisait. Les deadlines, elle les respectait. Les émotions ? "Ça, c’est pour les autres." Jusqu’au jour où son corps a dit stop.
Un matin, après trois mois à enchaîner les dossiers sans pause, elle s’est effondrée en pleurs devant son écran. "Je ne comprends pas… Tout allait bien !" m’a-t-elle confié, les yeux rouges. "Je gérais tout. Et là, plus rien. C’est comme si mon corps m’avait trahie."
En réalité, son corps ne l’avait pas trahie. Il avait crié pendant des semaines. Mais Claire, comme beaucoup d’entre nous, ne savait plus écouter. Parce qu’on ne nous a jamais appris à identifier nos émotions. On nous a appris à les noyer sous le travail, le scroll, les écrans, ou un verre de vin le soir, etc...
Notre culture nous a formatés à croire que :
"Être professionnel, c’est être neutre." (Faux.)
"Les émotions, ça se contrôle." (Dangereux.)
"Si tu ressens quelque chose, c’est que tu es faible." (Archifaux.)
Résultat ? On confond la peur avec du "stress normal". La colère avec de la "frustration passagère". La tristesse avec de la "fatigue". Jusqu’à ce que le corps lache.
Ce que la science nous dit : raison et émotion, un duo inséparable
Les neurosciences modernes confirment ce que Spinoza pressentait déjà : raison et émotion sont deux facettes d’un même processus décisionnel. Plusieurs travaux* ont montré que des patients avec des lésions dans les zones cérébrales liées aux émotions (comme le cortex préfrontal) perdaient toute capacité à décider, malgré une logique intacte. Sans émotions, la raison tourne à vide.
De même, il a été démontré que l’émotion dépend de l’interprétation cognitive que l’on fait d’une activation physiologique. Autrement dit : nos émotions sont des signaux intelligents, pas des réactions brutes. Elles naissent de l’interaction entre notre corps et notre interprétation de la situation.
En clair : vos émotions ne sont pas des parasites à éliminer, mais des données précieuses à décoder pour prendre des décisions alignées.
L’histoire de Claire, ou comment elle a réappris à "lire" ses émotions
Revenons en à mon récit...Quand Claire est venue me voir, elle était vidée. "Je ne sais même pas ce que je ressens. Juste que je n’en peux plus."
On a commencé par un exercice simple (mais radical pour elle) : "Ferme les yeux. Où est-ce que tu sens quelque chose, dans ton corps ?"
Silence. Puis, hésitante : "J’ai… comme un poids sur la poitrine. Et des picotements dans les mains."
"C’est quoi, ce poids ? Si tu devais lui donner un nom ?"
"De la… honte ?"* (Elle éclate en sanglots.) "Je me sens nulle. Parce que je n’arrive pas à suivre. Alors que d’habitude, je gère tout."
Ce jour-là, Claire a redécouvert sa colère. Une colère saine, légitime : celle d’une femme qui s’était épuisée à répondre aux attentes des autres, en niant les siennes.
Et sa peur aussi : "Si je lâche prise, tout va s’écrouler."
Trois mois plus tard, Claire a :
✔️ Quitté son poste pour un cabinet plus humain.
✔️ Appris à repérer ses signaux d’alerte
✔️ Osé dire non sans culpabiliser.
"Maintenant, je sais que quand je sens mon ventre se nouer, c’est mon corps qui me dit : ‘Claire, ça ne va pas. Écoute-moi.’"
Pourquoi on ne reconnaît plus nos émotions (et comment réapprendre)
Notre cerveau est câblé pour ressentir avant de réfléchir.
Mais notre éducation nous a appris à inverser le processus :
On agit (on dit oui à un projet, on avale sa colère ou sa peur).
On rationalise ("C’est normal, il faut tenir", on "encaisse").
On ignore les signaux (jusqu’à la crise).
Problème : Quand on ignore trop longtemps ses émotions, elles reviennent en force – sous forme de burn-out, de crises d’angoisse, de maux de dos ou de maladies.
La solution ?
Un réapprentissage en 3 étapes :
Reconnexion tête et corps, journal des signaux et l'allié émotion.
Je vous accompagne sur ce chemin, n'hésitez pas à ce que l'on échange ensemble sur ce sujet.
Ce que Claire a compris
Les émotions ne sont pas des "perturbations" : ce sont des données.
Comme un voyant de jauge d'essence qui clignote sur notre tableau de bord.
L'ignorer, c’est risquer la panne....
Notre culture nous a désappris à les écouter.
On nous a appris à "tenir bon", pas à "ressentir juste".
Réapprendre à les identifier, c’est retrouver son pouvoir.
Claire a réalisé que sa "fatigue" était en réalité de la colère rentrée (contre elle-même, pour ne pas avoir osé dire stop plus tôt).
Sa plus grande révélation ? "Je croyais que être forte, c’était ne rien ressentir. En réalité, être forte, c’est oser écouter."
Et vous, quelle émotion avez-vous "ratée" ces derniers temps ?
Peut-être :
Cette boule dans la gorge avant une réunion (peur de l’échec ?).
Ces mains qui tremblent avant un entretien (excitation ou angoisse ?).
Ce vide après une journée de travail (ennui ? Épuisement ?).
N'hésitez pas à partagez en commentaire : "Quelle émotion avez-vous longtemps confondue avec autre chose ? Et que vous a-t-elle appris, une fois reconnue ?"
Sources :
Schachter & Singer (1962)
Antonio Damasio (L’Erreur de Descartes)
Spinoza (Ethique)
Lisa Feldman Barrett (2017)
Nathalie Rapoport-Hubschman (2024)



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